Guerre Russie / OTAN : quelques interrogations

La guerre continue et nous sommes, bien entendu, observateurs. Jean-François Geneste développe pour Russie Politics certaines des questions, qui se posent aujourd’hui autour de la guerre conduite par l’OTAN en Ukraine.

Commençons par la nullité en fanfare de madame von der Leyen, qui n’a été contredite, c’est à remarquer, par aucun politicien européen et a même été amplifiée par les médias aux ordres : Les Russes utilisent, pour leurs armements, les puces des réfrigérateurs et machines à laver. A posteriori, le mensonge est évident et les protagonistes de cette histoire devraient être morts si le ridicule tuait, mais cela fait belle lurette que nous savons que tel n’est pas le cas.

Au-delà de cet exemple extraordinaire de propagande, que pouvons-nous dire du sujet ? Tout d’abord, au vu de la production industrielle de la Chine en matière de circuits, on ne voit pas pourquoi on achèterait des produits tiers pour les démonter ! Comme je l’avais par ailleurs écrit dès cette époque-là, si les composants des produits blancs suffisaient à nos armements, il serait urgent pour l’industrie occidentale, française en particulier, de revoir sa copie pour ses achats de matériels électroniques, car elle utilise à l’heure actuelle des puces qui coûtent parfois des fortunes et sont fort sophistiquées et nous parlons ici, entre autres, des missiles. Que dire alors de ceux qui maîtrisent l’hypersonique ?

En revanche, nous savons que la Russie est en retard en ce qui concerne la gravure. Ils sont probablement entre 50 et 90 nm quand Taïwan frôle les 1 nm et la Chine, probablement les 2 nm, voire mieux. Que tirer de cela ? Simplement que la connaissance et la maîtrise des Russes ne concerne pas l’électronique, mais bien l’aérodynamique, la thermique et bien d’autres sciences fondamentales qui sont à la dérive en Occident. Si vous avez des moyens de calculs limités, il vous faut compenser par une meilleure compréhension et maîtrise du phénomène physique. Mieux, si vous n’avez rien compris, comme aux États-Unis, vous pouvez avoir n’importe quelle puissance de calcul, vous ne réussirez pas !

Rappelons cet événement qui n’a pas fait grand bruit à l’époque alors qu’il était majeur. Lorsque l’URSS s’est effondrée, nous avons constaté qu’elle maîtrisait la propulsion électrique. En quoi cela consiste-t-il ? Vous ionisez un gaz (en général du xénon), vous accélérez les particules chargées avec des champs et les éjectez. Eh bien, croyez-moi ! Nos « experts », à l’époque, pensaient que c’était impossible, y compris aux USA. Nous avons donc copié ces équipements dans un premier temps !

Or, que voit-on fleurir comme initiatives ici ? Toujours plus de moyens de calcul, plus de « cloud », plus d’IA en lieu et place de l’IN[1] et avec des zombies très forts en IS,[2] y compris et surtout chez ceux qui gouvernent. Nous voyons des sommes faramineuses investies en IA pour le champ de bataille et les matériels de demain qui prendront des décisions presque sans les hommes.

Il y a deux façons de voir cela : l’optimiste, puisqu’on a formé des nuls, l’IA sera plus performante qu’eux. Et la pessimiste, face à des gens bien instruits, nous serons sûrs de perdre ! Cela ne préjuge, bien entendu, pas de la légitimité ou non d’entrer en guerre.

Par ailleurs, l’Europe veut se réarmer. Soit ! Mais, alors que ses matériels sur le champ de bataille se sont révélés inopérants, elle s’engage dans une production effrénée de ces engins obsolètes qui, de plus, ne correspondent pas aux canons modernes établis par le conflit en cours.

Ainsi, des programmes gigantesques sont démarrés de production massive de drones. Mais y a-t-il une seule innovation majeure sur ces derniers ? Non !

En recherche et développement, y a-t-il des appels d’offres à la rupture ? Non encore !

Un rapport fait état, en cas de conflit, de notre capacité à tenir un front de 80 km pendant 72 heures. Le manque principal, en faisant abstraction de l’inanité de nos armements dont nous venons de parler, est le manque d’hommes et la puissance de feu à leur disposition.  Dans de telles conditions, quelqu’un réfléchit-il à comment mener une guerre asymétrique ? Non, encore !

On se pense européen. Ah ! La belle affaire ! Européen, pensez-vous ! Avec des pays qui achètent aux États-Unis préférentiellement, comme le F35 par exemple, dont les Américains doivent préparer eux-mêmes les opérations. Et qui achète cet engin dont la réputation est par ailleurs catastrophique ? L’Allemagne, la Pologne et j’en passe. De vrais européens ceux-là. Et quant au SCAF, les Allemands essaient de nous torpiller !

Regarder en particulier à 44′ 35″.

Rappelons ici quelque chose de simple répété déjà maintes fois. Un programme à  coopérants voit son coût croître comme . Les États, qui n’ont pas vraiment des lumières à leur tête, se contentent donc de payer pour leur champion national et un programme donné,  ce qui est moindre que s’ils payaient la totalité. Cela c’est pour la galerie. Si nous raisonnons en termes de gains de compétences, il sera seulement de  et sera payé, donc, . Ce sera donc un coût exorbitant. Pour le SCAF, dans la configuration actuelle, c’est-à-dire avec la France, l’Allemagne et l’Espagne, nous paierons, en France, un coût de programme de  soit 58% du coût si nous le faisions seuls, pour un gain de compétence de 33% du total et un coût d’acquisition de cette compétence de 1,7 fois son coût réel. À l’heure où l’on parle de réindustrialisation, cette façon de voir, qui nous a amenés là où nous en sommes, devrait être prohibée.

Nous avons vu aussi une domination russe sans partage en ce qui concerne la maîtrise du spectre électromagnétique. Là encore, ce n’est pas une question de puissance de calcul, mais de compréhension de la physique. Et nous pourrions ainsi multiplier les exemples.

Ces pauvres Russes, nous disait-on, qui avaient à peine de quoi manger avec un PIB inférieur à l’Espagne et qui ne sont que 150 millions, ont tenu tête, seuls, à l’OTAN, qui représente environ 1 milliard d’habitants gavés des plus hauts PIB de la planète, soi-disant les plus avancés intellectuellement, avec soi-disant les meilleures universités, qui ont les meilleurs systèmes de commandements, exportés dans le monde entier, etc. ! Achetez la camelote, s’il vous plaît ! Vous ne risquerez plus rien ! Mais le flux financier ira, bien sûr, aux États-Unis qui, de surcroît, auront les clés de votre matériel qu’ils pourront inhiber à distance à volonté et sans que vous ne puissiez rien dire[3] ! Cela donne une idée de la hauteur de la traîtrise des instances européennes et des États vassaux, y compris le nôtre depuis Nicolas Sarkozy[4], dont la justice vient de reconnaître, chacun a pu le remarquer, la parfaite honnêteté …

Reconnaître que l’on est dans le trou est une chose, mais continuer à le creuser pour en sortir en est une autre. C’est ce qui se passe ici actuellement, et c’est bien triste !

Par Jean-François Geneste, ancien directeur scientifique du groupe EADS/Airbus Group, PDG de WARPA.


[1] Intelligence Naturelle !

[2] Intelligence Superficielle !

[3] À moins que les Russes ne l’inhibent pour eux ! 🤣

[4] Qui nous a fait réintégrer le commandement intégré de l’OTAN alors qu’il se disait gaulliste. Peut-on être plus traître que cela ? Par ailleurs, c’est lui qui a fait retirer de la constitution française le crime de haute trahison.